Portrait par Anne Joubert

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Portrait par Anne Joubert

Jean-Pierre Jacob : botaniste, écologiste et pédagogue ! 

Portrait-Jean-Pierre-Jacob
Portrait-Jean-Pierre-Jacob

Originaires de Calais, nés tous deux en 1936, Jean-Pierre, ancien prof d’histoire naturelle, et Annick, ancienne prof d’arts plastiques, vivent dans une petite maison entourée de bois et donnant sur la vallée, du côté de St-Denis-Catus : c’est là que je les ai rencontrés dans leur chaleureuse salle à manger croulant sous les bouquins !

Jean-Pierre a rejoint l’association « Lot Nature » en 2002 et continue à animer son site, qui héberge toutes sortes d’associations actives dans le Lot, et représente une vraie mine d’informations.

Dès le début de sa carrière de prof, lors d’une distribution des prix comme on les faisait à l’époque, Jean-Pierre avait prononcé un discours sur la protection de la nature, ce qui n’avait pas plu du tout à sa hiérarchie, qui considérait que c’était hors-sujet pour un prof d’histoire naturelle !

 

[Dit par Jean-Pierre :]

C’est pourtant bien le rôle qui incombe aux naturalistes dans la société que de se préoccuper de la protection de la nature, non ?

L’essentiel de l’écologie, c’est le respect de la vie : et la vie, ça ne se rattrape pas comme ça, quand on détruit un milieu.

Mais l’écologie était complètement ignorée dans l’université française et par l’Éducation Nationale, où l’on devait enseigner sous forme de monographie, que ce soit sur un mammifère, un oiseau, ou sur la botanique, sans évoquer leurs milieux de vie et donc pas non plus leur destruction. Quelques notions commençaient à être énoncées dans l’ancienne revue de photos « Sciences et nature » éditée par le Muséum de Paris : mais c’était considéré comme une « mauvaise lecture », alors que cette revue faisait justement le lien entre les espèces et leur milieu naturel.

À la fin du18e et début 19e, la botanique a été considérée comme un truc de « bonne femme » pour l’Éducation française, (cf « l’éducation botanique pour les jeunes filles » de J.J.Rousseau).

Puis, un siècle plus tard, c’était un objet d’intérêt pour les instits, les curés, les scouts et les colonies de vacances (1). 

 

Mes lectures fondamentales :

Il commençait à se passer des choses, en France, avec la publication de « Destruction et protection de la nature » de Roger Heim (professeur au Museum, spécialiste des champignons hallucinogènes), chez Armand Colin, en 1952, et aux U.S.A., avec la publication de « Printemps silencieux » de Rachel Carson, qui dénonce entre autres les effets du D.D.T., sans doute le document le plus important du 20e siècle pour l’avenir de l’espèce humaine. Puis il y a eu « L’homme et la nature » de Michel-Hervé Julien, paru en 1965, qui parlait de la pollution par les hydrocarbures. Lui a succédé l’association « Bretagne vivante », luttant  contre l’utilisation des nitrates, avec sa revue « Penn ar Bed ». Ensuite parut un livre essentiel « Avant que nature meure » chez Delachaux et Niestlé, de Jean Dorst, ornithologue et lui aussi professeur au Muséum : ces publications ont été très importantes mais sont malheureusement restées confidentielles ! En 1970, tout de même, le ministère de l’Agriculture a fait paraître une publication : « La nature n’en peut plus » et, en 1970 également,  le Comité français d’organisation de l’année européenne de la nature a produit un document « Apprendre à vivre pour survivre », publié par la « Documentation française ». Toutes ces publications ont été mes repères, avec le livre « Petite histoire du mouvement écolo en France » de Roger Cans, ancien journaliste au Monde, paru en 2006.

 

Ma vie de prof :

Dès le début, j’ai eu une réputation d’original, car j’allais faire cours de sciences hors de l’école, j’organisais des excursions de géologie, ou des cours les pieds dans l’eau pour étudier le milieu aquatique…

Je dois dire qu’Annick et moi avions eu un extraordinaire prof de  sciences naturelles en terminale. Il nous faisait sortir pour apprendre (nous avons gardé une photo de nous deux sur la plage de Calais en train d’observer un crabe !). Cela a sans doute été déterminant. J’ai eu la chance par la suite d’enseigner dans des collèges expérimentaux et de participer à des publications de recherche de l’INRP (Institut National de Recherche Pédagogique). J’ai participé à un manuel scolaire de biologie pour les 6e, avec beaucoup d’écologie, édité par la librairie Belin, avec Jean Pierre Astolfi. Malheureusement, ce manuel n’a pas eu beaucoup de succès, et n’a pas été réédité. Mais le travail avec Astolfi a été passionnant : nous avons travaillé sur la didactique des sciences. Puis, avec Jean-Marc Drouin, un grand bonhomme que j’ai connu au début de sa carrière, avant sa thèse avec l’historien Michel Serres, nous avons travaillé sur « L’écologie et son histoire » (Flammarion). C’est grâce à lui que j’ai abordé rationnellement l’histoire de l’écologie et que j’ai continué à m’y intéresser (2).

 

 

Dans le Lot :

Tout naturellement, nous avons participé aux cahiers scientifiques du Parc Naturel Régional des Causses du Quercy lorsque nous nous sommes retrouvés, ma femme et moi, à la retraite, et avons décidé de vivre dans le Lot : nous aurions bien aimé nous y installer avant, mais nous n’avions jamais obtenu de poste dans la région ! Les derniers postes que nous ayons eus étaient à Avignon, où nous avons fait partie de la « Société botanique du Vaucluse ».

J’ai aussi fait partie du conseil scientifique du Parc et écrit « La petite histoire des botanistes lotois ». Quand j’ai travaillé pour Quercy Recherche, qui a été lancé en 1974 par Jean-Luc Obereiner (3), qui ne connaissait pas à l’époque de botaniste dans le Lot, j’ai utilisé mon expérience avec l’INRP, où je réalisais des documents accessibles aux élèves (4). .

Pour beaucoup des publications auxquelles j’ai participé, Annick a apporté sa patte de dessinatrice, surtout pour « croquer » des plantes et des paysages !

 

Les sites  Lot Nature et Tela Botanica: www.lotnature.fr

L’association « Lot Nature » est maintenant devenue la Ligue de Protection des Oiseaux du Lot, qui ne concerne pas seulement les oiseaux, mais aussi les insectes, les papillons, et la botanique. J’ai tenu toutefois à garder le nom de domaine Lot Nature et à en gérer le site, pour continuer d’informer et de partager avec le plus grand nombre.

Je travaille aussi avec Daniel Mathieu, président du site « Tela Botanica », une ressource  extraordinaire pour s’informer et partager sur les plantes, et premier réseau collaboratif dans le domaine des sciences participatives (5).

Ce que je reconnais à Internet, c’est que cela permet de diffuser l’écologie dans la société : quand plus de 20.000 personnes vont sur un site, cela veut dire que l’information circule.

Ce que je critique, ce sont les mots de passe obligatoires pour certains sites qui ne permettent pas à tous d’accéder à l’information !

Il faut inlassablement transmettre et partager, c’est pour cela que je donne tant d’importance à la pédagogie et à un partage massif et horizontal des recherches et des informations, pour qu’il n’y ait pas seulement des spécialistes, car il ne faut pas oublier que le milieu scientifique et politique écologiste est un peu un panier de crabes où chacun tire la couverture à lui.

Que ce soit les humains ou les autres espèces, ce ne sont pas les espèces rares qui ont de l’importance, ce sont toutes les espèces !

 

(1) Sur les botanistes du Lot à cette époque, précisions sur www.parc-causses-du-quercy.fr : https://bit.ly/2Jr0ieZ

(2) ehess.fr – CV de Jean-Marc DROUIN – https://bit.ly/2LGGS6s

(3) mémoire de Jean-Luc Obereiner : http://bit.ly/2Lw2dPP

(4) documents.irevues.inist.fr : http://bit.ly/2xTyP4i

(5) tela-botanica.org : http://bit.ly/2kXlJtu

 

Annick Le Paslier 1987
Auteur : Annick Le Paslier 1987 Illustration de la vallée du Vers à travers ses paysages végétaux exploités de manière traditionnelle. Succession des formations végétales d’une vallée sèche, une « combe ». En bas, culture et prairie à foin dans un contexte encore paysan. La haie naturelle est composée d’arbustes locaux, issus de semis spontanés, cornouillers, frênes, etc… Le sol fertile est formé des matériaux argileux entrainés par les pluies. En remontant la pente, on découvre une mosaïque, pelouse sèche exploitée par les moutons, espaces pierreux, grandes herbes, genévriers, gros arbres isolés. Les sommets sont boisés, chênaie et charmaie naturelles.

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